En mars 2009, au Musée Municipal du Patrimoine Amazighe d'Agadir, afin de fêter dignement la Journée Mondiale de la Femme, Frédéric Damgaard, grand découvreur de talents devant l'éternel, organisait l'exposition "Tableaux / artistes peintres et Tapis / tisserandes" afin d'établir des points de concordance entre ces deux mondes.
Curieusement, ces tapis humbles, résultats du travail éreintant et répétitif de ces femmes de la campagne, ont été exposés dans les plus grandes salles en Europe et aux Usa et finalement enfin au Maroc et à Agadir …
Pandore
Au Maroc, nous ne connaissons aucune tribu, berbère ou arabe, ou les hommes sont les tisserands. Jusqu'à nos jours, c'est un métier – un art – resté entre les mains des femmes et dans lequel elles excellent souverainement depuis leur enfance. Certes, elles sont les fileuses de la laine et les tisserandes, mais surtout, à leur métier à tisser, ce sont elles, les artistes, ce sont elles les créatrices de ces beaux tissages et tapis berbères, très particuliers, que nous appelons ici des « tapis-tableaux ».
Ce terme peut paraître curieux, puisque en principe un tapis est placé au sol et un tableau au mur. Aussi, le tapis est en général considéré comme utilitaire et le tableau comme œuvre artistique. Mais il convient de voir la question autrement, surtout dans le contexte de l'Art rural berbère. Dans ces communautés démunies, où il a toujours été impensable d'utiliser les maigres ressources à la confection d'objets inutiles, les Berbères emploient tout leur sens de la beauté et leur expression artistique à la création d'objets utilitaires. C'est ainsi que les tapis tissés dans ces tribus, par des femmes ayant un « don » ou une sensibilité artistique, sont devenus, sans que ce fût prémédité, des Tapis-Tableaux, où la tisserande a pu faire «échapper» ses besoins de créativité en produisant, en une seule fois, œuvre utile et œuvre d'art.
Les tisseuses berbères obéissent, en général, à certaines règles concernant les motifs, couleurs et techniques propres aux coutumes ancestrales de leur tribu ou de leur région. Mais à des règles, il y a toujours des exceptions et dans ce cas précis, les exceptions sont légions. Beaucoup de tisserandes berbères sont des artistes, dotées d'une indépendance d'esprit très large, et elles font d'exception en exception la règle de leurs tissages. Ainsi naissent ces tapis-tableaux, œuvres tout à fait singulières et œuvres prodigieuses. Spontanément des créations artistiques, qui peuvent rivaliser avec celles des artistes d'art moderne et d'art abstrait, font jour sous les doigts d'humbles femmes amazighes, qui demeurent sans même savoir que ce qu'elles font est véritablement de l'ART.
Frédéric Damgaard
* "Amazigh" est le terme originel pour signifier "Berbère".
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