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1 - La plus cinégénique des kasbahs, Aït
Benhaddou, site grandiose aux allures de château
de sable, a vu se succéder les metteurs en scène,
les Lawrence d’Arabie, L’Homme qui voulut
être roi, Le Diamant du Nil et autre Gladiator.
2 - Le studio Atlas, réputé
pour la qualité de ses ateliers et de ses constructions,
offre de nombreux décors hérités
des productions précédentes ...
3 - L'église du studio Andromeda,
et son clocher en carton-pâte, dédiés
aux tournages des intérieurs dans plusieurs épisodes
de La Bible.
4 - Les ateliers du studio Andromeda
où des dizaines de décors sont fabriqués
chaque année.
5 - La vallée lunaire, cadre du
film "Cléôpatra".
6 - L'envers du décor ...
7 - Le village d'Astérix, super
production tournée en 2000.
Saint-Exupéry est passé
par Ouarzazate. Le vrai. Lawrence d’Arabie aussi,
mais sous les traits de Peter O’Toole. Et, plus récemment,
Maximus, le valeureux Gladiator de Ridley Scott. Ainsi qu’Astérix,
Obélix et l’ineffable architecte Numérobis.
Les plus cinégéniques studios naturels du
monde ne désemplissent pas, témoignant de
l’incroyable pouvoir d’attraction du sud marocain
sur les cinéastes occidentaux.
Du Tizi-n-Tichka perché à 2260 mètres,
la route descend vers Ouarzazate en serpentant
mollement dans les rochers. Apparaît une première
kasbah et son village soudé à ses murs de
pisé en lambeaux. Peu après, un désert
de roche s’ouvre. Au loin, Ouarzazate, grise, brune
et ocre. Plus loin encore, la silhouette du Jbel Sarhro,
l’Anti-Atlas.
Ali Baba et les quarante voleurs, la Bible, James Bond,
Cléopâtra, Kundun, toutes ces superproductions
ont été tournées dans les singuliers
décors naturels du sud marocain.
Tour à tour déserts minéraux, étendues
steppiques, vallées veloutées de vert et d’ocre,
ksours sortis des entrailles de la terre, la région
regorge de panoramas exceptionnels sur fond de crêtes
enneigées de l’Atlas.
Ouarzazate, née d’une
caserne et vouée au cinéma
Escale sur la route de Tombouctou, à 52 jours de
chameau, Ouarzazate-la-silencieuse marque le point de départ
de la route des oasis. Elle loge à la croisée
des chemins entre la vallée du Drâa, qui creuse
son lit jusqu'à Agadir, du Dadès issu du Haut-Atlas
et du Ziz qui nourrit l'immense palmeraie du Tafilalet avant
de se perdre dans les sables de Taouz.
450 000 âmes, à la croisée des cultures
berbères et sahariennes, centre militaire stratégique
sous le protectorat, la région n’a cessé
de remplir, depuis des dizaines d’années, son
contrat d’extérieur pays chaud. La reconstitution
des décors qui mettent en valeur toute fiction a
ainsi séduit de nombreuses générations
de metteurs en scène, d’Orson Welles à
Jacques Becker, en passant par Pasolini, David Lean, Michael
Douglas, Martin Scorsese, Ridley Scott, Raoul Ruiz ou encore
Serge Moati.
En un siècle de cinéma, un millier de projets
artistiques - longs ou courts métrages, reportages,
documentaires, clips musicaux, spots de publicité-
y ont pris forme. En 2004, le ballet continue, au moins
trois tournages majeurs attendent en coulisses.
A la naissance du cinéma
mondial, le Maroc
• Il y a vingt ans, ici, il n'y avait rien :
seulement beaucoup de chameaux et la pauvreté partout,
explique un habitant, maintenant ça roule, grâce
au cinéma…” En 1897, c’est Louis
Lumière qui, en pionnier, installa sa caméra
au Maroc et en ramena le Chevalier marocain. Dix ans plus
tard, un opérateur algérois, Félix
Mesguich, est sur place pour “ couvrir l’actualité ”.
Une fiction suivit, mais pendant les cinquante ans à
venir l’histoire du septième art au Maroc se
confondra avec le fait colonial. D'après Farid Boughedir,
cinéaste tunisien, entre 1911 et 1962, deux cents
dix films de longs-métrages ont été
tournés au Maghreb. Sur un autre plan, et à
titre anecdotique, Orson Welles a présenté,
le 10 mars 1950, son film Othello au Festival de Cannes
au nom du Maroc. Cette reconnaissance envers un pays qu’il
a aimé fut récompensée par la palme
d’or.
• Il y a vingt ans, ici, il n'y avait rien :
seulement beaucoup de chameaux et la pauvreté partout,
explique un habitant, maintenant ça roule, grâce
au cinéma…” En 1897, c’est Louis
Lumière qui, en pionnier, installa sa caméra
au Maroc et en ramena le Chevalier marocain. Dix ans plus
tard, un opérateur algérois, Félix
Mesguich, est sur place pour “ couvrir l’actualité ”.
Une fiction suivit, mais pendant les cinquante ans à
venir l’histoire du septième art au Maroc se
confondra avec le fait colonial. D'après Farid Boughedir,
cinéaste tunisien, entre 1911 et 1962, deux cents
dix films de longs-métrages ont été
tournés au Maghreb. Sur un autre plan, et à
titre anecdotique, Orson Welles a présenté,
le 10 mars 1950, son film Othello au Festival de Cannes
au nom du Maroc. Cette reconnaissance envers un pays qu’il
a aimé fut récompensée par la palme
d’or.
Des atouts en technicolor
C’est tout naturellement que, dès le début
des années 90, les grandes majors américaines
à l’image de Paramount, Warner, ou la Lux et
Dagham Films, s’intéressent au grand Sud marocain.
Cette attraction s’explique par certaines de ses caractéristiques
naturelles, économiques et pratiques.
Le lieu jouit d’un atout majeur, de renommée
internationale : sa luminosité qui exalte les
couleurs et fond les ombres, son soleil généreux,
souvent capricieux, parfois insaisissable, avec lequel il
faut ruser, jouer en permanence. Tout comme le climat présaharien
qui offre des conditions idéales de tournage :
mi-saisons interminables de douceur, ciel bleu-lumière,
végétation ardente…avec toujours une
dose d’impondérable. Les gens du pays ne disent-ils
pas qu’ “à Ouarzazate, il y a quatre
saisons par jour ! ”
Cependant, que Ouarzazate soit l’élue, face
aux autres cités cinématographiques internationales
ne tiendrait pas qu’à la beauté des
paysages et au climat de l'Atlas mais en premier lieu, à
la main-d'oeuvre bon marché et aux grandes facilités
accordées par les autorités. C’est grâce
à des coûts de production inférieurs
de 50% par rapport à ceux pratiqués aux Etats-Unis
et de 30 à 40% à l'Europe que le Maroc est
devenu la nouvelle coqueluche de Hollywood. Raison pour
laquelle le plus grand studio du cinéma au monde
s’est permis de tourner le dos aux vieilles destinations
cinématographiques comme l’Amérique
Latine devant les rétributions exorbitantes réclamées
pour les tournages ou de la Tunisie et l'Egypte (et ses
tout nouveaux studios de 300 hectares, bientôt 700,
Media City), pour lesquelles le Maroc est devenu, en dix
ans, un concurrent sérieux.
Des solutions clé en main
Les autorités locale et nationales ont mesuré
l’impact du cinéma sur l’économie
de la région. Leur mobilisation permanente permet
ainsi de tourner des scènes impossibles à
organiser ailleurs. A titre d’exemple, depuis
1995, la procédure d’importation temporaire
des armes et munitions utilisées pour les films d’actions
(comme pour Le Légionnaire, avec Jean-Claude Van
Damme, en 1997) a été considérablement
assouplie. Les Forces Armées Royales, la Gendarmerie
Royale, la Sûreté nationale sont mises à
la disposition des productions étrangères
pour les besoins de figurants en uniforme. Les moyens humains
(figurants variés, artisans qualifiés, techniciens…)
et les avantages fiscaux ont de quoi séduire :
le Centre Cinématographique marocain (CCM) prévoit
l’exonération de la TVA de tous les biens et
services acquis au Maroc, d’importantes remises sur
le transport aérien et le dédouanement dans
la journée du matériel de tournage. Enfin,
les visas de tournages délivrés via le CCM
sont obtenus en un temps record, pas plus d’une semaine
souvent, et bénéficient d’une tarification
symbolique pour le tournage dans les sites et monuments
historiques. Conséquence immédiate de ces
mesures incitatives : les budgets investis en dollars
américains ont augmenté exponentiellement
au fil des années (12 millions en 1997, 140 en 2001).
Transports, hôtels, studios, des infrastructures non
négligeables
Les commodités à disposition des équipes
de tournage étrangères par la ville de Ouarzazate
constituent un autre de ses points forts: aéroport
international assurant des liaisons avec le reste du monde ;
28 hôtels, 5000 lits, et deux studios, Atlas Corporation
Studio et Andromeda . Le premier, installé à
trois kilomètres au nord de la ville : 30 hectares
très prisés pour leurs décors naturels
et construits sur place par la main-d’œuvre locale.
Le long-métrage oscarisé en 2000, l’épique
Gladiator, y a été tourné, Astérix,
mission Cléopâtre aussi, et on peut citer au
moins une super production par an pour remonter jusqu’au
Diamant du Nil avec Michael Douglas, en 1984.
Le studio, réputé pour la qualité de
ses ateliers et de ses constructions, offre de nombreux
décors hérités des productions précédentes
: palais de César, bateau et allée de Cléopâtre
(construits en 1998 pour Cleopatra), rue d'Alexandrie (Asterix,
2000), marché juif, temple égyptien, pagode
tibétaine (Kundun, 1997)… Un hôtel et
deux studios couverts de 1 500 et 500 m2 complètent
le dispositif. A l’est, le ruban irrégulier
des sommets de l’Atlas et à perte de vue, une
immense steppe de 20 hectares, où les scènes
de batailles, de guerre sont jouées. Au sud de la
ville, face à la mythique kasbah de Taourirt, dans
l’enceinte du complexe artisanal les studios transalpins
Andromeda (ex Aster). Son église, sa bibliothèque,
sa salle du trône, en carton-pâte, dédiés
aux tournages des intérieurs dans plusieurs épisodes
de La Bible
L’industrie cinématographique,
une réalité économique, statistique
et sociale
Le tournage des productions étrangères génère
annuellement un chiffre d'affaires supérieur à
100 millions de dollars et crée des milliers d’emplois.
Plus de 90 000 personnes vivent de cette manne : artisans,
figurants, techniciens, hôteliers, commerçants.
Pour la région, l'enjeu reste donc considérable.
Chacun ici vit au rythme du passage des grosses productions
hollywoodiennes. Ou française depuis Astérix
en 2000, premier blockbuster non anglophone à planter
le décor dans le sud marocain. Des mois de préparation,
quatorze semaines de tournage, deux mille cinq cent figurants
et neuf cent techniciens mobilisés… le souvenir
reste vif et nostalgique : les retombées socio-économiques
furent énormes, surtout si l’on sait qu’un
salarié fait vivre jusqu’à dix personnes.
Entre 1997 et 2001, 340 tournages ont rapporté un
total de près de 1,4 milliard de dirhams (ramenés
à 97% par les longs-métrages), créant
92000 emplois*. Des artisans pour les décors, mais
aussi des figurants , des comédiens, des techniciens,
du personnel administratif et des interprètes. A
titre d’exemple : lors de son dernier passage,
la Lux et Dagham films a employé trois cent personnes
de différents corps de métier ce qui correspond
à une masse salariale de 300 000 DH par semaine.
A cela s’ajoutent 250 000 à 300 000 DH
par semaine pour les figurants.
Des bénéfices professionnels et financiers
pour le grand Sud
Le CCM, créé en janvier 1944, exige l’association
de producteurs, techniciens ou acteurs marocains dans ces
films. C’est une expérience précieuse
qui favorise à la fois l’apprentissage des
opérateurs aux nouvelles techniques de cinéma
et la création d’un marché important
pour les sociétés marocaines prestataires
de services.
Autre bénéfice pour le Maroc, d’un point
de vue marketing, ces superproductions étrangères
transmettent une image sur le pays auprès d'un spectateur
lointain, et donc un touriste potentiel. Un film tourné
au Maroc, primé, oscarisé ou césarisé
représente un vecteur de rayonnement plus important
qu’une campagne de publicité. C’est à
ce titre que le CCM a longtemps dépendu du Ministère
de l’Information et du Tourisme…
Des bénéfices financiers : ces tournages occasionnent
une entrée supplémentaire de devises et génèrent
une activité environnante (hôtels remplis en
basse saison, transports aérien et terrestre). L’hôtellerie,
également, en tire avantage puisque les équipes
de tournage (100 à 150 personnes) s’y installent
des mois.
Crise et reprise
Le cinéma est fragile. La guerre en Irak a remis
en cause le tournage de la superproduction hollywoodienne
Alexandre le grand de Baz Lurhman, plus gros
investissement cinématographique après le
Titanic (150 millions de dollars de budget global, dont
60 consacrés au Maroc). Fox et Universal projetaient,
pour l’occasion, la construction du plus grand studio
de cinéma au Maroc, sur 200 hectares, dans la région
de Ouarzazate. Projet annulé semble-t-il… De
même que celui de Troy de Wolfgang Peterson et du
Tripoli de Ridley Scott.
Une première baisse d’activité s'était
déjà produite après les événements
du 11 septembre : nombre de projets américains
ont été retardés ou délocalisés
(au Mexique notamment) pour cause d’envolée
des prix des assurances (refusant de couvrir les risques)
et du transport. En janvier 2002 pourtant, la reprise était
amorcée puis confirmée au cours de l’année
(plusieurs centaines d’autorisations de tournage octroyées
par le CCM en neuf mois concernant courts et longs-métrages,
téléfilms, spots de publicité). Après
quelques moments de flottement, l’industrie cinématographique,
très sensible aux événements internationaux,
à l’instar du tourisme, semble de nouveau sur
les starting blocks. Ridley Scott devrait installer ses
caméras à Ouarzazate pour plusieurs mois courant
2004. Oliver Stone est en cours de casting pour son Alexandre
le Grand, au budget de 150 millions de dollars. Premier
coup de manivelle prévu ce mois-ci dans la région
de Marrakech. Les repérages pour une troisième
production de Paramount, Sahara, ont eux aussi débuté.
Ces tournages sont de bon augure pour le Maroc. Et plus
que jamais, le pays ambitionne de se positionner comme la
plaque tournante du cinéma mondial. A ce titre le
festival international du film de Marrakech devrait avoir,
cette année encore, un effet de “ contagion
positive ” auprès des producteurs, américains
ou européens, et les voir renouer avec confiance,
avec le sud marocain.
source CCM